Le cinéphile tranquille | La règle du jeu. Pater (Alain Cavalier, 2011) - Le cinéphile tranquille
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7 septembre 2011
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by lecinephiletranquille

La règle du jeu.
Pater (Alain Cavalier, 2011)

 

Au milieu de PATER les trois principaux protagonistes, le président (Alain Cavalier), son premier ministre (Vincent Lindon) et un ministre -je crois- sont réunis sur le pas d’une porte.
La campagne présidentielle bat son plein. Le premier qui quitte le monde politique a convaincu le second de se présenter pour lui succéder.
Le président a fait venir les deux hommes pour leur montrer une photo. Dessus le concurrent direct du premier ministre dans une situation compromettante. Ce document publié, l’élection serait assurée.
Le document passe entre les trois personnes puis le premier ministre l’a prend et assure que jamais il ne s’en servira.

Cette séquence résume assez bien le film. Un film politique qui n’en est pas, une méthode d’improvisation déséquilibrée et un dispositif qui joue normalement sur la transparence qui se trouve au mieux escamoté. Pour moi, plus franchement tronqué. Tout cela résume, oui, la très grande déception que j’ai eu devant Pater.
Le dernier point étant largement plus douloureux que les autres.

Pourtant, j’aurai voulu l’aimer ce film. Passionnément. Comme je l’avais aimé avant de le voir.

 

Un film politique

 

Pater devait être un film politique. C’est comme cela que j’avais accueilli les commentaires de Cannes. Le film devait concentrer toute la force de la politique dans une simplicité, un dénuement. L’histoire d’un président qui confie à son premier ministre une mission, qui serait la mesure phare de son action politique. On y verrait les allers retours du Premier ministre devant le chef de l’État pour lui raconter l’avancement de cette mesure, ou non. On aurait deux hommes parler de la politique en fabrication. Des compromis. De leur états d’esprits. Des manœuvres dont ils seraient victimes. Qu’ils inspireraient. Des questionnements qui seraient les leurs. Tout ça avec un économie de moyen. Le dialogue de deux hommes face aux autres. Face à leurs alliés à convaincre. Face à leurs ennemis. A convaincre aussi. Ou à soumettre. Face au Peuple. Au résultat de leur politique. Nous sommes au cinéma. Il suffit de le décider. Et le monde se créer devant nous. Bref Ce serait incroyable.

Et ce n’est pas le cas. C’est un très beau film de Cavalier sur lui même. Sur sa relation – père fils si l’on veut- avec un autre homme. Cavalier continue par un autre moyen ses journaux filmés. Nous le voyons parler de lui, de son père. Nous voyons en large son univers. Un peu celui de Lindon. C’est un film autobiographique dissimulé -à peine quand même- derrière l’alibi de la fiction. Et cette fiction n’est pas politique. Elle ne l’est pas car son contenu est trop faible, trop évidente. Sans intérêt disons le simplement.

La mesure proposée par le président est intéressante (limiter dans un rapport à déterminer l’écart entre les plus hauts et les plus bas salaires). Sauf que l’on ne va pas loin ni dans le raisonnement, ni dans la fiction de sa réalisation. Pas de retours de discussions avec des députés, entre gens influents, entre lobbies divers et variés. Rien de méchant non plus. Pas de chantage, de pression. Oui on apprend qu’il y a des frictions -ah bon?- et que finalement la mesure n’est pas populaire.
Les discussions politique entre le président et le premier ministre sont bien pauvre. Ou se résume à des principes de bon sentiments. A travers des mesures anti exilés fiscaux -salop de riches. Ou d’une discussion sur le pouvoir de l’argent. Avec le problème de l’enseigne Zadig et Voltaire.
Mais ne boudons pas notre plaisir. C’est souvent réjouissant. Lindon a une vraie gouaille. Une vraie colère qu’il exprime.

Très vite le film glisse vers la campagne présidentielle. Qui intéresse bien plus Cavalier. Puisqu’avec de tel personnages la relation père-fils est un régal.
Dans l’espace du film nous aurons un père qui guide un fils, qui cherche à le mettre à sa place. Mais le fils désobéit, déçoit, prend son chemin personnel, meurtri le père, est meurtri à son tour. Père protecteur au delà d’une certaine raison avec son obsession de la sécurité. Ce qui donne une des plus belle scène -notamment graphique- du film lorsque Cavalier referme le rideau d’une fenêtre chez Lindon et qu’il plonge ainsi le film dans le noir [1] On pourra savourer la métaphore -surprotéger un enfant c’est le faire vivre dans le noir. Clairement !
Ils se réconcilieront finalement. Autour d’un bon plat et d’un bon pinard.

A ce stade le Politique a fait place à la politique -dite politicienne. Pourquoi pas. Mais vu le niveau de débat avant, la séquence -classique- de boule puante devient une punition. Car le peu de contenu politique est noyé dans une simplification morale des personnages. Il est bien sûr, évident, que jamais le premier ministre ne voudrait arriver au pouvoir par de tel procédé.
Ce qui est un peu court. Quand même.

 

De l’improvisation

 

L’impossibilité dans le film de complexifier les personnalités et les enjeux, de créer in fine un monde politique vient de l’improvisation.
C’est le sentiment que j’éprouve dans la plus part des films où l’impro joue une grande place. Comme il y a dans l’inconscient de l’acteur et du spectateur une certaine fusions entre les deux personnalités. On peut se demander si le comédien en jouant ne joue pas que lui même. Comme si il était le personnage. Et là il y a souvent une censure.
Dans l’épisode de la photo, Lindon est grand seigneur devant cette photo qui lui assurerait l’élection. A un niveau presque de sainteté. Il ne peut faire le salop. Certes son personnage est sans doute très noble-mais combien le sont à ce niveau d’ambition personnelle? Et à ce point là ? Sans aucune arrière pensée. Sans aucun calcul. D’aucun utiliserait cette photo -quand ce ne serait pas des seconds couteaux qui décideraient d’eux même pour ne pas mouiller le grand chef- et se raccrocherait à des justification morales: « Cette personne ne peut être chef de l’Etat. Il déshonorerait le pays » etc etc
Argument légèrement inversé ensuite dans la discussion où les trois personnages s’accordent pour dire que si l’adversaire était élu malgré cette compromission cela serait néfaste au pays.
Donc on ne s’en sert pas.

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