The Times, They are a Changin House of cards (Beau Willimon, 2013)
La deuxième saison de House of cards arrive incessamment sous peu. Même si je ne suis pas un grand fan de cette série, certains éléments font que je l’ai regardé sans déplaisir.
Je pense, notamment à l’utilisation du texte à l’image -les SMS par ex- qui est une vraie réussite. Que ce soit en terme narratif, mais aussi en terme de fluidité de récit. L’écrit à l’image devient un élément du « langage cinématographique » comme un autre. Leur intégration scénaristique et graphique est vraiment une nouveauté et une contribution importante pour moi à la représentation du texte à l’écran. Il y a clairement un avant et après House of cards sur cette question. J’ai même été agréablement surpris de voir des analyses sémiologiques et historiographiques à ce sujet.
Donc, non je n’ai pas grand chose de plus intelligent à dire que ce qui a été écrit un peu partout.
Quand je pense à cette série, la première chose qui me vient à l’esprit est la fin de la 1er saison. La dernière séquence même. Je la trouve représentatif de l’évolution des séries. Ou plutôt de la fin de cette horrible parenthèse que furent les cliffhangers de la dernière seconde, de la dernière séquence. Avec gros effets sonores. Vous savez les 24H, Lost, Prison Break.
Alors… Nous voilà aux derniers moments de la saison. Frank Underwood tient sa vengeance (petit spoiler, tout petit). Ses plans de conquête du pouvoir sont un véritable succès. Il peut donc savourer sa victoire.
Au même moment, Doug le -forcement- fidèle et dévoué assistant de Franck se retrouve dans un restaurant. Il comprend au fil d’un discussion que son patron peut avoir de sérieux problèmes. Des journalistes enquêtent notamment sur des possibles passe droits et la tentative -réussi- d’étouffer un délit concernant le député Peter Russo. Et peut être même pire.
Ces informations pourraient donc au moins compromettre son ascension, voire même plus. Doug doit agir.
Franck arrive chez lui. Il décide,une fois n’est pas coutume, d’accompagner sa femme pour un footing nocturne.
Les voilà partis.
Gros plan du téléphone qui sonne avec écrit bien évidence « Doug stamper incoming call ». Zoom arrière sur l’écran.
Nous savons qu’il reste que quelques instants avant la fin de la série. Ce Gros plan est la conclusion du cliffhanger qui annonce la saison prochaine -celle que l’on verra que dans un an.
Je me dit logiquement qu’avec ce zoom arrière, va arriver la dernière montée musicale. Vous savez celle qui fait un gros effet boum sur le carton de fin. Celle qui fait « Tada! » sur du noir.
Sauf qu’à la place de ce que j’imaginais, nous avons droit à des travelings de la maison vide des Underwood. Sans musique. Seulement le bruit du téléphone qui sonne.
J’aime beaucoup ce choix.
Je me dis, Doug appelle, ca doit être la cata. Et Underwood n’est pas là. Cette maison est désespérément vide quand justement ce ne devrait pas être le cas.
Ces travelings lents baignent cette fin de saison d’une ironie mordante. Le gars toujours au courant de tout, qui manipule avec toujours trois coups d’avance mais qui n’est pas là au moment crucial. Objectivement le moment n’est pas si crucial que ça. Underwood et son assistant ne sont pas à une heure prêt. Sauf que dans quelques secondes la saison va s’arrêter. Et cela change tout!
Nous allons donc rester avec ce suspens -téléphone qui sonne- ironique -Underwoord n’est pas là- jusqu’à l’année prochaine. Cruel, non?
Sauf que…. non! Toujours pas de cartons de fin. Un dernier traveling avant le long d’un couloir vide et Cut sur…Underwood et sa femme qui courent.
Ils soufflent, sont au même rythme. Puis Underwood devance légèrement sa femme avant de clairement la distancer. Il est seul, il sourit. Son plan a réussi. Il a eu sa vengeance. C’est un homme heureux. Le reste pourra attendre.
Cut… noir et carton.
Merci! Merci aux producteurs d’avoir fait ce choix.
Merci d’avoir, par la pure magie du montage, annihilé le cliffhanger. Merci de l’avoir fait disparaitre. D’avoir non pas mis en avant le futur (vite vite que va t’il se passer dans la saison 2) mais d’avoir privilégier le bilan de la présente saison. Un homme a voulu sa vengeance. Il l’a eu. Il savoure. Savourons avec lui.
Dire qu’il y a encore quelques années, la dernière séquence aurait été monté à l’envers.
Underwood->Travelings->GP téléphone qui sonne. Et cela aurait raconté tout autre chose.
Pour cette raison, bravo House of cards de faire du cinéma et pas de la TV, bête et méchante.
Et à très vite.
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