Comme une déception. Pas sur le film mais son succès. Michael Kohlhaas (Arnaud des Pallières, 2013)
[vc_row][vc_column][prkwp_spacer size= »20″]tricker[/prkwp_spacer][vc_column_text]Il m’a fallu beaucoup de temps avant de pouvoir voir Michael Kohlhaas d’Arnaud des Pallières. Plus de 6 mois.
Fan inconditionnel de son avant-dernier film (Adieu, que j’avais évoqué ici) j’étais très excité, réellement curieux devant ce nouveau film.
Arnaud des Pallières est un cinéaste que l’on peut aisément qualifier d’avant gardiste -et non pas auteurisant qui ne veut rien dire. Il a souvent des propositions de cinéma fortes, radicales, inhabituelles. Sans négliger une certaine emphase, de belles images et une musique envoûtante qui font des films particuliers certes, mais pas du tout austère. Du Bresson un peu plus pop pour résumer de façon grossière.
Mais voilà, divers contingences m’ont empêché d’aller voir Michael Kohlhass dés sa sortie et pendant les mois qui suivirent.
Pendant ce temps, le film a semblé rencontrer un petit succès publique. Je tombe même sur un article du monde –ici– qui en fait état, s’en étonne puis s’en félicite avant de chercher les raisons de ce succès.
Je retiens notamment ce passage qui illustre le côté « radicale » du film.[/vc_column_text][prkwp_spacer size= »20″]tricker[/prkwp_spacer][bquote author= »le monde » prk_in= »Quelques séquences ne dépareilleraient pas dans une exposition d\’art contemporain, sauf qu\’elles sont bien plus belles et lourdes de sens que ce qu\’on y voit généralement. On pense à cette scène où une fillette court vers la caméra, donc vers le spectateur, pendant quarante bonnes secondes, le visage inquiet, juste le temps qu\’il faut pour nous faire comprendre qu\’elle craint le pire pour sa mère. » type= »colored_background »]tricker[/bquote][prkwp_spacer size= »10″]tricker[/prkwp_spacer][vc_column_text]A la lecture de cet article, je suis comme baigné d’un optimisme béat.
Au vu de ce que je connais de l’œuvre de des Pallières, de ce que je sais du film (histoire sobre, traitement anti-dramatique, personnages mutiques interprétés pour certains par des comédiens étrangers jouant en français phonétique) je me dis qu’une place est possible pour les films exigeants.
Ces films qui demandent un peu d’effort aux spectateurs (le premier étant de lâcher prise et d’oublier ses certitudes de spectateur), qui jouent clairement avec la forme et qui donc désarçonnent mais qui en contrepartie nous offrent de si beaux moments d’émotions et d’intelligences.
Ce succès devrait être la normalité. Pour moi, il devrait être normal, évident qu’un certain grand publique puisse adhérer à un film quand l’alchimie entre recherche/essais formel et proposition plus classique est bien dosé.
Bien sûr un succès dépend de paramètres complexes (visibilité du film, acteurs principaux, thèmes etc) mais voilà je me dis que si des Pallières fait 200 000 entrées France, tout les espoirs sont permis.
J’imagine donc cette séquence avec cette jeune fille. Je repense à des séquences identiques ou similaires que j’ai vu dans le cinéma de des Pallières ou ailleurs (Gus van Sant, Bela Tarr). J’associe les deux et je suis réellement heureux de me dire que de nombreux spectateurs ont aimé ce plan long alors que tout dans le cinéma -et l’audiovisuel surtout- contemporain nous pousse à n’adhérer qu’au montage rapide, voire hystérique. Tout plan qui semble durer devenant une source d’ennui. C’est de toute façon, selon moi, la principale question formelle du début du XXI siècle au cinéma. Le temps
Bref j’ai hâte de voir ce film, encore plus maintenant qu’il a du succès.
Et j’ai finis par regarder Michael Kohlhaas.
Et je suis déçu.
Le film est très beau. Mais il est sage. Ce n’est pas un reproche que je fais au film. Non, je veux dire qu’il est trop sage par rapport à ce que j’imaginais, par rapport à ce que j’espérais.
J’espérais que ce film qui a connu un beau succès populaire -et critique- soit plus radical. Que la balance entre « classicisme » et radicalité penche clairement vers le dernier. Attention! Le film a des partis pris audacieux. Il a un rythme lent, une approche anti-spectaculaire. Le film est différent d’une grande partie de la production française. Oui, mais pas tant que ça.
La notion de radicalité me surprend. J’attendais donc avec impatience la séquence de la course de la jeune fille. Je m’étais préparé à une séquence longue. Que la peur, l’angoisse de la jeune fille face à ce qu’elle imagine du sort de sa mère soit construite par le rapport à cette durée. Que la longueur nous oblige à regarder au delà du plan, au delà du rythme classique et que l’empathie avec cette jeune fille nous pousse à imaginer -clairement, visceralement- cette angoisse.
C’est bien ce que décrit l’article. On me parlait de longueur, d’exemple de radicalité. Mais pour moi cette durée est presque classique. Oui le plan dure un peu plus que la normale. Mais l’émotion n’est pas crée par ce plan, ni sa longueur. Des Pallières se sert du plan de la course comme détonateur. La jeune fille court. La caméra en travelling arrière la suit plan serré. On devine son angoisse, on entend sa respiration haletante. Cela dure -un peu, le temps de bien entendre la respiration, de bien observer la jeune fille et d’en prendre la mesure émotionnelle. Puis la séquence se modifie. Un montage alterné apparaît, avec Kohlhaas au chevet de sa femme. Avec toujours la respiration haletante en « bande son ».
La séquence est belle, polysémique, confronte deux réalités, deux temporalités, qui vont se fracasser (celle du père, celle de la fille) et qui sera une source de conflit essentiel entre ces deux personnages. La séquence « marche ». Il n’y a pas de doute.
Je ne défends pas la longueur pour la longueur.
Mais mettre en avant cette séquence dans l’article comme exemple de radicalité alors qu’il n’en est rien, c’est dur. Ca veut dire que :
- Les spectateurs ne se sont pas déplacés en « masse »pour un film aux forts accents radicaux. Oui encore une fois, ce n’est pas un film que l’on qualifierait de « facile », « commercial », « mainstream » etc etc. Cela reste un film différend. De par sa thématique et son traitement. Ce succès est quand même une bonne nouvelle. Mais pas celle que j’imaginais et que cet article m’avait laissé croire.
- Si pour ce journaliste du monde, cette séquence est en soit radicale, je n’ose pas imaginer comment il pourrait qualifier les précédents opus de Des Pallières ou ceux de Gus Van Sant. L’intro de Elephant ou des pans entiers de Gerry.
Que cela soit des films peu courant, certes, mais parler de radicalité cela dénature beaucoup le débat. Cela déplace -selon moi ostracise car on parle de radicalité- un pan entier de la production cinématographique vers un champs du cinéma où elle n’a pas lieu d’être. Surtout un film n’est pas radical quand il laisser vivre un plan « pendant quarante bonnes secondes ».
Cet article m’avait plongé il y a trois mois, dans un certain optimisme. A la vision du film, il me déprime au plus haut point.
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