La morale des contes modernes. Le Gruffalo (Jakob Schuh, Max Lang, 2009)
Soyons honnête, si vous n’avez pas un enfant de moins de 5 ans dans les pattes, il y a aucune chance que vous connaissiez Le Gruffalo.
Il y a donc encore moins de chance que vous alliez voir ce dessin animé.
Le Gruffalo est un livre pour enfant, véritable best seller des crèches, des maternelles et des lits d’enfants qui s’endorment avec encore une histoire s’il te plait?
C’est l’histoire d’une petite souris qui se promenant dans la foret croise tour à tour un renard, un hibou et un serpent. Chacun ayant la mauvaise idée de vouloir la manger. Pour échapper à leurs griffes, elle tient à chacun le même discours. Elle a rendez vous avec son ami le gruffalo, créature imaginaire qu’elle dote de toutes les disgrâces et horreurs possible. Et a chaque fois, elle précise à chacun des ses interlocuteurs que c’est justement lui le plat préféré du Gruffalo.
Les prédateurs bien crédules prennent peur et la souris peut donc continuer son petit bonhomme de chemin. Jusqu’au moment où elle croise un véritable gruffalo. Car oui les gruffalos existent et ressemblent en tout point aux descriptions de la souris.
Je résume très vite la suite de l’histoire qui voit le gruffalo désireux de manger la souris. Celle-ci ne se démonte pas et affirme au gruffalo qu’elle est la terreur de la foret, que les serpents, hiboux et autres renards fuient à son passage. Vous devinez la suite. Les prédateurs devant la souris accompagnée du gruffalo détalent à grands pas et à son tour le gruffalo prend peur quand la souris lui dit que son plat préférée à elle c’est le gruffalo.
On l’aura compris la morale simple, mais sympathique de l’histoire est claire: la force physique ne prime pas sur l’intelligence. On peut être petit, on peut toujours s’en tirer par la rhétorique et ainsi renverser le rapport de force.
Petite précision aux lecteurs qui n’ont pas d’enfants, ces livres ont un énorme succès chez les enfants au moment où ceux-ci développent le langage et que la frustration de ne pas pouvoir se faire comprendre s’exprime par des morsures, coups etc etc.
Bref c’est un livre pour enfant
Mais le film comporte quelques différences qui portent la morale sur un autre point. Un peu plus subtile mais fort intéressante,
La souris parcourt la forêt à la recherche de nourriture. Plus précisément une noisette accrochée à un arbre planté au milieu de la forêt. Cette souris croise des animaux qui cherchent à la manger. Entre deux rencontres, elle doit traverser un étang où l’on assiste au spectacle de la chaîne alimentaire local. La souris croise des araignées d’eau qui sont englouties par un poisson, qui à son tour est extrait de l’eau par le bec d’une grue. Grue qui à son tour est dévoré bruyamment par un crocodile.
A noter dans cette séquence, la peur effroyable de la souris devant cette violence naturelle et le regard mélancolique du poisson qui croise celui de la souris quand celui-ci disparaît lentement du champ par le haut du cadre. Regard qui porte aussi un je ne sais quoi d’incompréhension.
Il est a noté que dans cette séquence personne ne meurt dans le champ. Seul la sortie du champ -ou de l’espace visible pour les araignées d’eau- correspond à la mort. Raccourci un brin violent et radicale. Beaucoup plus que la séquence semblable de Madagascar où les héros découvraient la vraie loi de la jungle.
Le film s’amuse donc à appuyer précisément sur la question de la prédation, de la réalité concrète de la chaîne alimentaire. De sa violence.
Il ne s’agit pas que d’un personnage auquel vont s’identifier des enfants et qui sera confronté à des prédateurs juste pour combattre ses peurs. ce qui est déjà bien pour une histoire pour enfant. Non, les auteurs nourrissent clairement le film de la violence de la nature. Elle est affichée comme composante évidente.
La souris rencontre le Gruffalo, affamé. Son gargouillement de ventre lui fait signifier clairement qu’il en ferait bien son repas. La souris traverse avec lui la forêt en sens inverse. Elle retourne donc à son point de départ. Loin donc de son repas. Le Gruffalo est à présent inquiet et quand à son tour la souris fait gargouiller son ventre, il prend peur et s’enfuit. Dans sa panique, il bouscule un arbre d’où tombe une noisette.
Ainsi à la fin du film tout les prédateurs de la souris ont faim et n’auront rien mangé. Seul le petit mammifère végétarien mangera ce qu’il avait prévu de manger. Aliment tombé simplement du ciel -pourrait on dire, et qui n’aurait fait de mal à personne.
J’ai comme l’impression donc que les auteurs de ce film ont voulu faire un léger conte végétarien, c’est à dire à la morale végétarienne.
Une bien belle idée donc.
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