Tout est possible…mais pour le pire. Missing (Costa-Gavras, 1982)
On ne présente plus Missing de Costa-Gavras qui reprend avec plus ou moins de fidélité l’histoire de ce père partit à la recherche de son fils disparu dans les premiers jours qui suivirent le coup d’état de Pinochet au Chili en 1973. L’histoire d’un petit notable américain un brin conservateur (Jack Lemmon forcément) qui va découvrir ce qu’est la « raison d’état » de la plus grande Démocratie du Monde Libre. A ses dépend évidemment.
Dans le premier quart d’heure du film, nous suivons les parcours chaotiques et inquiets de nombreux personnages juste après le coup d’état. Notamment celui de la femme du jeune homme Beth Norman (Sissi Spacek). Sans nouvelles de lui, évitant les patrouilles de soldat, elle s’endort au milieu de la nuit contre le porche d’une maison.
A ce moment là du film, nous avons assisté à des arrestations arbitraires, à des autodafés, à de nombreux actes de vandalismes, de destructions et de violences opérées par les militaires.
Bref on est peu serein pour les personnages et pour tout civil qui a l’inconscience de sortir dans la rue.
Beth dort en gros plan.
Quand elle est réveillé par des coups de mitraillettes en hors champs tirés en plein milieu de la rue. Elle émerge difficilement de son sommeil alors que nous entendons distinctement ces coups de feu répétés. On tremble, on s’inquiète d’une éventuelle fusillade contre des militants, des civils.
On raccorde sur le point de vue de Beth, et à notre grande surprise, nous ne voyons pas une foule en fuite mais un cheval blanc au galop courir au milieu de la rue. Cheval qui semble entouré d’halos de lumière, crées par les réverbères de la rue -et quelques filtres aussi.
L’image est proprement surréaliste, irréelle.
Le cheval galope à grand train, apeuré. Les coups de feu continuent, vont en s’accélérant. Un panoramique suit le cheval qui manque de tomber. Une Jeep militaire le poursuit. Un soldat avachi à l’arrière tire des coups de feu en l’air.
Beth se rendort à peine réveillée par le spectacle.
Comme si celui-ci, ma foi, faisait déjà parti d’une banalité à laquelle on s’est habitué et qui ne vaut pas que l’on se réveille en panique au milieu de la nuit.
La séquence suivante, Beth de retour chez elle, trouvera sa maison saccagée et son mari disparu. Plus tard nous découvrirons le grand stade national converti en prison et les cadavres qui croupissent dans son sous-sol.
Mais nous n’assisterons plus à aucune violence exercée par les militaires. Car cette course poursuite a parfaitement résumé la situation. Des individus armés surgissent de nulle part pour poursuivre un cheval. Pour le plaisir? par ennuie? Parcequ’ils le peuvent?
En dehors des critères évident de violence, la dictature est ici parfaitement synthétisé : C’est un état où certains hommes peuvent -littéralement- faire ce qu’ils veulent même ce qui semble le plus improbable, le plus gratuit, le plus inutile.
Alors, si l’impossible est envisageable comment ne pas imaginer à quoi peut ressembler le pire?
C’est ce que vont découvrir, dans le reste du film, Beth et son beau père -et nous avec.
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