Le cinéphile tranquille | Un peu plus près des étoiles.L'étoffe des héros (Philip Kaufman, 1983) - Le cinéphile tranquille
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7 avril 2011
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by lecinephiletranquille

Un peu plus près des étoiles.
L’étoffe des héros (Philip Kaufman, 1983)

 

J’ai longtemps hésité avant de me décider à créer cette catégorie.

On le sait, parler de film est un acte infiniment personnel. On est obligé de se découvrir un minimum puisqu’on expose ses goûts et que l’on les justifie, qu’on les précise. Il arrive même qu’on les défende quand on se sent seul à aimer ou ne pas aimer tel ou tel film. Telle ou telle idée d’un film.

Si parler d’un film est personnel alors parler de soi est il bien raisonnable ?

Je ne crois pas.

Voilà pourquoi j’ai hésité avant de parler de mes souvenirs de film, de raconter ce que tel ou tel film m’a apporté quand j‘étais plus jeune.
Et puis l’envie de parler de certains films, de l’émotion ressentie a été plus forte que ma pudeur, qui m’empêchait de parler de moi à des inconnus.

Pour le prouver je vais vous parler d’une des plus belles scènes du cinéma. Rien que ça.

 

Le plus beau plan du monde

 

L’étoffe des héros c’est l’histoire de pilotes d’avions de chasse qui après la fin de la deuxième guerre mondiale vont participer à la conquête spatiale étasuniennes.
Le film débute par les essais d’avions supersoniques, les premiers qui passeront le mur du son. Le mur parce que à une vitesse proche du son les avions devenaient incontrôlables et de fait beaucoup de pilotes mourront.
Bref je la fais courte -le film dure 3h et des brouettes-on suit au départ ces pilotes notamment Yeager qui sera le premier à passer le ce fameux mur.
Mais -et c’est très intéressant- au fur et à mesure que les avions évoluent, nous voyons apparaître dans le récit d’autres pilotes. Ceux-là vont être recrutés par la NASA pour devenir les premiers spationautes. L’époque s’enflammant à présent pour les fusées de ce cher Von Braun.
Ce qui est intéressant c’est que le film construit un récit en fork comme dirait nos amis informaticiens. Procédé rarement utilisé.
Donc au départ, nous suivons les vies d’un groupe de pilote, puis apparaît un deuxième groupe d’aviateur (au bout d’une petite heure). A partir de là nous suivons ces deux groupes par alternance pour ne suivre, à la fin, presque exclusivement que le deuxième groupe. Celui des spationautes.

Je la refais courte -le film dure 3h hein- Nous sommes à la fin du film. Les premiers spationautes ont réussi leurs missions spatiales. Le programme Mercury -je crois- est un franc succès. Les américains idolâtrent ces héros des temps moderne et ce succès populaire va ouvrir bientôt la voie aux missions Appolo -si si vous connaissez.

Pendant ce temps, un peu abandonné par le récit, Yeager monte dans un avion expérimental. Le but, battre un nouveau record d’altitude (ne me demandez pas, j’en ai aucun souvenir). Record qui nous semble spectateur tellement dérisoire devant les exploits des navettes spatiales.
L’avion suit tranquillement son parcours de vol quand Yeager que l’on devine un peu vieux, bientôt poussé à la retraite, décide que ce n’est pas assez. Et continue à faire grimper son avion.
L’avion monte, monte, monte. Il devient instable. C’est la panique à la base.
Yeager dépasse les nuages et arrive dans les hautes couches de l’atmosphère. Et puis, le voile atmosphérique se dissipe. Le ciel bleu fait place à un ciel noir, peuplé d’étoiles. Yeager est au limite de l’atmosphère, tout au bout de la Terre.
On pourrait presque toucher ces étoiles que l’on entraperçoit. Jamais depuis le début du film l’espace nous a semblé si beau.
Le spectacle dure 10secondes, peut être 20 et puis l’avion décroche pour inexorablement s’effondrer au sol 30 000 mètres plus bas.

Ce plan du voile atmosphérique mêlé d’étoiles est là, face à moi. Je peux le convoquer à n’importe quel moment. Le plan est tellement fort, il évoque tellement d’idée que je n’ai même pas besoin de vous dire pourquoi il est beau. Vous le savez. Sans même avoir vu le film, cette image vous pouvez vous l’imaginez. Avec même un peu de chance, elle vous fait frissonner.

Alors imaginez, enfant-allez pré ado- quand vous venez de voir 3 heures de récit qui en fait ne vous emmène qu’à ce point. La construction du récit qui isole ce pilote qui en ferait presque un rebut. Ce moment magique qu’un homme seul se réserve. Cette frontière indépassable par un avion que l’on touche alors que les fusées traverse cet frontière aisément, si simplement.
Cette frontière magnifiée rend cet homme, homme parmi les hommes. Nous sommes Yeager nous ne pourrons jamais être Alan Shepard -le 1er spationaute.

 

A posteriori

 

Ce qui est drôle c’est qu’en revoyant ce film des années après je me suis rendu compte à quel point Kaufman avait vraiment tout fait pour qu’on ressente cette émotion. Jusqu’à en être bêtement caricatural et excessivement empathique. Hollywoodien quoi.

Reprenons….

1. Avant cette séquence, nous avons droit à un show maous de Lyndon Johnson à la gloire des spationautes. On leur offre des voitures, on veut les toucher. Soyons clair, c’est l’hystérie. Hystérie qui les met mal à l’aise. Depuis le début de l’aventure, ils ont le sentiment d’être des presse-boutons, de ne pas faire ce pour quoi ils sont fait. C’est à dire piloter.
2. Un journaliste s’approche d’un des spationautes et lui demande -je crois- qui pour lui est le meilleur -oui je sais c’est une question con. Ce dernier essaye de lui répondre qu’il connait des gars, des pilotes qui ont le truc -the right stuff, nom du film en anglais- qu’ils sont formidables etc etc
La réponse est trop longue, trop complexe, le spationaute répond « c’est moi bien sûr »

Voilà pour le côté caricatural. L’emphase arrive.

1. L’avion de Yeager a décroché et se précipite vers le sol. Yeager n’arrive absolument pas à reprendre le contrôle de l’avion. Je crois qu’on le voit arrivé à s’éjecter.
2.Retour sur la terre ferme où l’équipe de la base, avec un camion de pompier, suit comme ils peuvent l’avion s’effondrer. En chemin, ils croisent la femme de Yeager qui sentait qu’il y avait un truc.
3. L’avion s’est écroulé. Maximum suspense. Où est Yeager? On le voit pas. Quelque chose semble bouger au loin, déformé par la fumée, par l’évaporation de l’air. Quelqu’un : il y a quelque chose. Qu’est ce? Réponse d’un autre : un homme. Avè la musique of course. Quel punchline quand même!

On est d’accord c’est un peu trop.

De tout ca, je ne me souvenais pas du tout. je n’en avais même pas pris conscience. J’avais ressenti, conditionné par le savoir faire de Kaufman.

Le plus drôle dans cette histoire c’est que le si beau plan du ciel étoilé qui dans mon souvenir dure « une éternité » dure réellement 10secondes. L’éternité que j’avais crée à partir de mon pur plaisir de spectateur.
Maintenant quand je revois ce film, ce plan devenu trop court est trop frustrant. Je ne l’aime presque plus. J’aime le début de la séquence du vol qui amène, je le sais, vers ce plan. J’ai donc avec l’âge décalé mon plaisir. C’est la montée qui me plaît.

Après tout, il faut bien que jeunesse se passe.

 

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