Le cinéphile tranquille | Champagne Supernova Kingsman (Matthew Vaughn, 2015) - Le cinéphile tranquille
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  • Kingsman-lecinephiletranquille
23 février 2015
|
by lecinephiletranquille

Champagne Supernova
Kingsman (Matthew Vaughn, 2015)

 

Je ne vous apprendrai rien à vous disant que les films hollywoodiens en règle générale et les blockbusters en particuliers ne sont pas des vitrines d’idées subversives. Les idées véhiculées dans ces films -sur des points sociétaux ou politiques- reflètent grandement les idées de leurs époques. On pourrait même ajouter que si une idée -sociétale, politique, etc- faisait l’objet d’un traitement positive dans un film américain, c’est que cette idée est déjà consensuelle et à valeur de vérité pour le spectateur occidental moyen.
Je fais à gros traits. Il y a sans doute des films grand publiques aux budgets conséquents avec des idées prosélytiquement subversives, mais là tout de suite je n’en vois pas et c’est comme les poissons volants. Ça existe -peut être-mais ça ne constitue pas la majorité d’entre eux.

Bref partons de l’idée que ce que je vais voir dans Kingsman n’aura rien de choquant dans son approche de la réalité du monde. Or que voit on ?
Un multi-milliardaire, à la sensibilité écologique forte qui fait tout son possible -y compris y engloutir une bonne part de sa fortune- pour sauver la planète du changement climatique. Ce changement climatique désole ce brave monsieur puisque n’oublions pas qu’il s’agit ni plus ni moins de la survie de la planète.
Pour ce faire –Je me dois de prévenir qu’à partir de ce point, je vais aborder des éléments clefs de l’intrigue qui risquent, si vous n’avez pas vu le film, de peut être vous en gâcher la découverte, bref à partir de maintenant y a du spoiler à gogo- Pour ce faire, donc, ce multi-milliardaire, Richmond Valentine (le toujours très classieux Samuel L Jackson) a une idée géniale et définitive. Mais un peu radicale. Il décide de tout simplement éradiquer l’humanité. Sauf quelques centaines -ou milliers d’individus. Ces individus, Richmond Valentine ne va pas les choisir au hasard comme on sélectionne des jurés d’assise ou choisir les êtres les plus vertueux tel le premier Dieu venu. Non monsieur Valentine choisit de préserver l’élite mondiale. Par élite vous comprenez dirigeants industriels, politiques, rentiers divers et variés et quelques mannequins canons pour pourvoir à la descendance de tout ce beau monde.

Déjà on rigole sous cap de se dire que si un fou furieux voulait refonder l’humanité avec cela même qui sont responsables de ses malheurs, l’humanité II -le retour- partira sans doute du mauvais pieds. Mais ça c’est que mon avis de petit citoyen modeste irresponsable des grandes choses de ce monde que mon petit esprit de ne peut pas comprendre.

Le plan comporte deux points essentiels:

  1. Éradiquer la plèbe. Pour cela, Valentine met au point une source sonore hypnotique qui transforme n’importe quel individu en être féroce, violent et agressif. Ainsi à un rythme très rapide les hommes -et les femmes- se seront tous entretués sauf les « élus ».
  2. Protéger ces « élus » de ce comportement agressif. Pour cela, Valentine a fait incruster dans la peau de ces futurs rescapés une puce qui empêche le signal hypnotique de fonctionner.

Et nous arrivons au point très intéressant du scénario du film. Valentine rencontre les membres de cette fameuse élite (constitués donc de dirigeants politiques) pour leur faire une proposition toute simple: Soit je vous met une puce et je vous sauve, soit je vous laisse vivre le même sort que les milliards de pouilleux qui foulent -encore mais par pour longtemps- le sol de la Terre. Évidemment, accepter de rejoindre cette élite sauvée de ce nouveau déluge suppose qu’on accepte que la population soit sacrifiée. Population dont « on préside la destinée » quand on est un dirigeant politique. Cela suppose évidemment de garder le secret, sinon « boum » Valentine vous fait sauter la tête via la puce sous votre peau.
La beauté du film c’est que l’ensemble des dirigeants mondiaux -sauf une princesse danoise- accepte la proposition de Valentine.

Voilà donc un film grand public, blockbuster comme il faut, qui nous dit en substance : « Lorsque les temps troublés surgissent, quand la survie de l’humanité est en jeu et bien zou il y a plus de monde dans les beaux palais, tout le monde se précipite dans les abris anti aériens pour attendre l’orage passer »
Exit donc toute forme d’héroïsme ou de choix cornéliens -qui sauver?- de dirigeants face à une inévitable catastrophe nucléaire ou bactériologique. Nous ne sommes pas dans Docteur Folamour -le film y fait référence évidemment- ou Point Limite où les dirigeants étasuniens et soviétiques cherchent jusqu’au bout à trouver une solution face au monstre qu’ils ne contrôlent plus. Là, les dirigeants n’essaient pas, ils capitulent. Ils sont « extérieurs » au destin des populations, indifférents.
Valentine a d’ailleurs préparé une fête pour le lancement du massacre où coule à flot le champagne et où l’on chante le décompte final tel une nouvelle année. Bref c’est la fête!

Moi personnellement, je n’ai pas de doute que cela se passerait comme dans Kingsman. Vraiment aucun. Mais je pensais être minoritaire. En voyant ce film, je me dis que si cette idée est présentée c’est qu’elle doit être sinon consensuelle, au moins être largement partagée.
Je n’ai pas entendu un seul écho scandalisé face à ce « portrait de l’élite en salopard munichois et collaborationniste ». J’ai lu des lectures amusés du film de voir que c’est un membre d’une famille royale qui aide à la sauvegarde de l’humanité -le film est aussi britannique. J’ai lu des articles qui pensent en substance la même chose que moi -en même temps c’est évident. Mais je n’ai pas entendu les cris orfraie de politiques, si prompt à débusquer les « je ne suis pas Charlie » sur la toile, dans les écoles ou sous les matelas des grand-mères. Pas un seul Homme d’Etat pour s’insurger contre cette représentation caricaturale insultant leur responsabilité, leur sens du sacrifice, leur dévouement à la Nation (rayer les mentions inutiles)

Une autre séquence enfonce encore plus l’évidence pour tout un chacun sur le futur comportement de nos élites.
Avant de lancer son signal hypnotique sur l’ensemble de la population mondiale, Valentine veut faire un essais. Il veut voir si ce signal marche sur tout le monde pour être sûr qu’il ne peut y avoir de survivant. Il jette son dévolu sur une église du sud des États-Unis. Église qui abrite des croyants -accrochez vous- racistes, homophobes, antisémites et beaucoup de choses encore. Bref des haineux. L’équipe de Valentine envoie le signal et tout les paroissiens s’entretuent dans la foulée.
Cette idée scénaristique est -vous l’avez deviné- est très mauvaise. Comment voir si un outil qui rend agressif et violent est efficace si on la teste sur des individus haineux, c’est à dire déja prompt à la violence? Valentine aurait du faire ces essais avec des pacifistes, des non-violents. Par exemple, dans un communauté hippie, bouddhiste végan-animiste. Si son truc marchait chez eux, on était sur que cela allait marcher chez tout les autres. Mais alors pourquoi ce choix ? Parce que Matthew Vaughn est peut être un enfant mal-élevé qui aime bien faire de la provoque mais ce n’est un pas un adulte très courageux. Lui et ses producteurs ont du se dire que ce massacre de « gens innocents » serait peut être mal accueilli par les spectateurs. Alors que des bigots haineux qui s’entretuent, cela n’allait pas choquer grand monde.

Les producteurs de Kingsman ne sont pas inconscients, ils savent jusqu’à quel point ils peuvent pousser le bouchon. Cette séquence prouve qu’ils préfèrent une incohérence scénaristique à une ruée dans les brancards. Visiblement pour le comportement des élites, ils ont du se dire qu’ils ne risquaient rien.

Personnellement je serai un homme politique de par nos belles contrées démocratiques et libérales, ce film et sa réception dans le public me poserait des questions.

 

 

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