De l’importance de la fumée à l’arrière plan.La porte du Paradis (Michael Cimino, 1980)
Ce dimanche grand plaisir longtemps repoussé d’aller voir La porte du Paradis de Cimino au cinéma. Version longue évidemment. Plein de choses à dire, plein !! Sur la durée de ce film -3h40- qui permet de s’affranchir des contraintes classiques du temps et du rythme, de cette histoire dont il parait impossible de nos jours qu’un studio ait pu mettre autant d’argent-et même se ruiner- pour la faire exister, de quelques scène d’anthologies -la veillé du siège du côté des villageois et du côté des mercenaires par exemple-, de la simplicité de la mise en scène, de l’évidence qu’elle provoque, de ces images superbes etc etc.
Mais tout cela, c’est de la cinéphile habituelle, presque banale. Des situations, des mises en scènes, des idées tout ça on en voit, on en verra. Là c’était très beau extraordinaire, grandiose.
Non ce qui m’intéresse en l’occurrence de partager ici, c’est une étonnante sensation que j’ai eu au détour d’une scène. Une sensation d’évidence, quasi physique et que les spectateurs de l’époque n’ont pas pu ressentir, percevoir. ou alors bien différemment. Explications…. Nous suivons le Marshall James Averill (Kris Kristofferson) à son retour dans la ville centrale de son comté. Une ville du far west. Comme on se l’imagine. Bon jusqu’à la pas de surprise. Quelques grandes artères, du monde -il en faut-, des rues boueuses de partout, des chevaux par dizaines. On est à Hollywood on a les moyens, ça fait pas ville, c’est une ville. Nous sommes en terrain connus. Rien qui éveil l’attention du cinéphile blasé de 30 ans d’age abreuvé d’images du soir au matin, sauf que…
Sauf que dans un plan général qui englobe toute la ville, apparaissent des maisons de plusieurs étages affublées de cheminées, qui ont toutes la bonne idée de cracher de la fumée. Disons une dizaine de cheminées. Mon œil blasé de cinéphile est peut être vraiment blasé mais il connaît un peu le vrai monde et il sait qu’au cinéma pour qu’il y ait de la fumée, il faut bien la créer. Donc on imagine les décors, la machinerie gigantesque qu’il a fallu déployer. Pour avoir de la fumée cracher de la cheminée. Et connaissant Cimino, la légende autour du film -le sol peint en vert pour faire mieux, ça vous dit quelque chose- je suis sur qu’il ne s’est pas contenté d’une petite machine à fumée qui crachote un vague simili de vapeur d’eau. Donc non, les cheminées sont en durs et crachent de la belle fumée comme il faut.
Nos yeux modernes sont dorénavant habitués aux CGIs, à ces décors de villes, à ces monstres créées par ordinateurs. A presque tout. Donc New-York sous les eaux c’est ben possible. Je l’ai vu dans A.I. Un paquebot qui s’abîme au fond des océans ou un bateau de pêche affrontant un lame 12m -au moins -de haut, j’ai vu aussi. Et un flic infiltré qui face à ses collègues portent un combinaison qui modifie en permanence son aspect physique –A scanner darkly – ça m’a fait un choc au départ mais on y est, on y croit. Les outils ont tellement décuplé le champs des possibles, que tout ou presque est possible.
Et voilà qu’au détour de ce plan, en étant tellement halluciné de voir ce décor gigantesque construit que je ressens quelque chose qu’il est impossible de ressentir devant un film réalisé après 1998: Putain mais y’a une ville devant moi. Il y a des baraques qui s’étendent sur des centaines de mètres et il y a des usines avec des gars à l’intérieur qui font marcher tout ça. Dans ce plan, j’ai une perspective, une profondeur qui me rend l’ensemble vivant. Les passants ne sont pas les passagers dupliqués du Titanic. ou pire les clones troopers -c’est quoi leur vrais noms déjà- de la deuxième trilogie Star Wars.
Loin de moi, l’idée de jouer au vieux de con de service. Je ne cherche pas à opposer les CGI avec les vieux décors d’antan. Décors qui étaient fait comme ça parce qu’on ne pouvait pas faire autrement. Et les décors à l’ancienne répondaient à la même logique que les CGI d’aujourd’hui. Plus tu as de budget et mieux c’est fait. Des décors pourris, cheaps il y’en a foison.
Cette expérience me rend perplexe. Pas de doute, dans un film, un rien nous fait croire à un univers, à une histoire. Un seul décor même. C’est la beauté du cinéma. En tant que spectateur, on voit des images, un décor, une ville, et l’on croit instinctivement que c’est vrai. Il en faut pas nécessairement grand chose.
Voilà la beauté du cinéma.
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