A la queue leu leuThe big red one (Samuel Fuller, 1980)
De toute les représentations de combats, de champs de batailles auxquelles j’ai été confronté, et qui ont nourri mon imaginaire sur la guerre, aucune ne m’a donné un sentiment d’évidence aussi fort qu’une scène de the big red one. Où l’on a, selon moi, une idée d’une des horreurs les plus effroyable de la guerre.
Nous sommes le 6 juin 1944, les troupes américaines ont débarqué à Omaha Beach. La section commandée par the sergeant (Lee Marvin) se retrouve bloqué contre un talus de sable. Ils sont sous le feu allemand. Précisément du bout de la plage. A quelques dizaines de mètres. Les hommes sont coincés car ils ne peuvent ni reculer ni avancer sans risquer de se faire tuer un par un par l’adversaire.
On extrait d’une caisse une succession de tube en aluminium qui une fois assemblés constitue un tube dans lequel on peut faire passer des bâtons de dynamite. L’idée est simple. Par ce tube, on peut faire sauter un adversaire éloignés de dizaines de mètres.
Le problème est qu’il faut justement s’approcher suffisamment prêt pour le faire.
Y’a plus qu’à.
Un soldat est envoyé avec ses tubes. Il avance à peine. Il est touché. Un second est envoyé, lui aussi avec ses tubes. il avance un peu plus loin que le premier. A son tour, il est fauché par les balles ennemies. Un troisième avance un peu plus et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’un d’entre eux soit finalement à l’abri et puisse assembler les tubes, les armer et neutraliser la position adverse. Et de permettre à la troupe d’avancer.
La guerre c’est donc ça. Un homme avance, tombe est remplacé par un autre qui tombe etc. A chaque fois, un pas de plus est parcouru. Il faut un nombre incompressible de sacrifiés avant que l’un d’entre eux, plus chanceux se trouve juste à la distance où tout bascule. Où le rapport de force est inversée.
La scène n’est pas filmée avec une surenchère de violence (il n’y a pas de sang chez Fuller)
C’est principalement une alternance de champs en point vue externe/interne.
Point de vue externe: On filme les soldats bloqués contre la butte. De face. Plutôt demi-ensemble (le maximum que permet le budget limité de Fuller) alterné de quelques Gros plans sur le soldats témoins de la mort de leurs camarades. Le point de vue interne c’est tout bonnement le contre champs, avec caméra posée sur le talus qui voit avancer et mourir les soldats. On a ainsi le sentiment d’être dans un abattoir, de mort à la chaine. Chaque soldat, indifférencié par l’uniforme et anonymisé par son numéro d’appel -n°1, 2 etc qui part va à la mort. C’est d’une violence extraordinaire. Avec un économie d’effet.
C’est du très grand cinéma. La preuve.
Par contre, je ne vous dirais pas combien de soldats ont été « nécessaires » à la neutralisation des mitrailleuses allemandes du bout de la plage.
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